La réussite éducative en résumé

Tout savoir sur la réussite éducative...

En prévision des 1ères rencontres nationales de la réussite éducative, nous avons tenté de résumer, en un seul texte, l’essentiel du dossier. Un aide mémoire pour qui connaît bien le dispositif et ses problématiques ; un document de synthèse pour qui découvre le sujet.

Le contexte

Le Plan de cohésion sociale (dit plan « Borloo ») comporte, dans son volet « égalité des chances », un volet concernant la réussite éducative. Celle-ci se décline en trois aspects :

  1. La réussite éducative par l’amélioration de l’accès des élèves des zones d’éducation prioritaires et des zones sensibles aux études supérieures ;
  2. Le développement des internats de réussite éducative ;
  3. La création de dispositifs dits « de réussite éducative ». C’est essentiellement de cet aspect de la réussite éducative qu’il est question sur ce site.

L’idée maîtresse

L’idée maîtresse de ces dispositifs de réussite éducative est de créer, pour les enfants, les adolescents et éventuellement leurs familles, des dispositifs d’aide sanitaire, sociale, culturelle et éducative, un peu sur le modèle des réseaux d’aides aux élèves en difficultés (RASED internes aux écoles primaires). Les difficultés

  1. Si l’école n’a pas trop de mal à mettre en place ses propres aides internes, il n’en va pas de même lorsqu’il s’agit de structures externes à l’école : on peut assez facilement expliquer à des parents que leur enfant a des difficultés scolaires et qu’on va donc mettre en place un dispositif pour l’aider. Mais dire à une famille : « votre enfant souffre de manque de soins sanitaires ou qu’il pose des problèmes liés à son éducation » est beaucoup moins facile. Il y a manque d’indicateurs fiables, risque d’ingérence dans les affaires familiales et d’atteinte à la vie privée, voire d’atteinte grave aux libertés individuelles des parents.
  2. S’appuyant essentiellement sur l’observation des enfants et des adolescents faite là où ils se trouvent la majeure partie de leur temps, c’est-à-dire à l’école, l’articulation de ces nouveaux dispositifs à ceux de l’école reste à inventer.
  3. La mise en place de ces dispositifs pose la question des partenaires impliqués dans ces dispositifs et de la façon avec laquelle ils vont travailler...
  4. Différentes aides existaient déjà pour les enfants et les jeunes en difficultés. Comment les articuler pour ne pas faire double emploi et travailler dans la complémentarité en développant les aides ?

La mise en œuvre

  1. La mise en œuvre pose d’abord la question de la structure juridique à choisir et des critères à prendre en considération pour effectuer ce choix (enjeux de cette première décision ?).
  2. La deuxième question est celle du diagnostic local : sur quels critères l’établir, avec quels outils ? Qui fait ce diagnostic ? Selon que ce sera la ville ou l’Éducation nationale par exemple, le diagnostic sera différent... Ceci pose, de fait, la question des partenaires impliqués dans ce travail...
  3. Une fois le diagnostic fait (quels besoins, quels moyens existent localement, quels manques ?), des grandes orientations doivent être définies ; ce sont les axes prioritaires du projet d’où découleront des actions précises mais diversifiées comme les types de situations d’enfants ou d’adolescents.
  4. Un travail est également à mener pour définir les critères et les modalités de repérage des enfants et adolescents, le moment où les parents seront sollicités pour donner leur accord, etc.
  5. De même, il faut constituer l’équipe des professionnels (EPS) qui se réunira pour évaluer les situations des jeunes : qui ? de quelles informations disposent-ils ?
  6. Enfin, quelles vont être les modalités d’évaluation des actions mises en œuvre ?

Les réticences

  1. Enseignants, travailleurs sociaux ou du secteur de la santé, chacun est détenteur d’informations relevant de la vie privée des enfants, des adolescents ou de leurs familles. Les nécessaires échanges prévus entre ces acteurs de la vie des jeunes dans le cadre des dispositifs de réussite éducative font craindre à certains tout à la fois la remise en cause des lois protégeant la vie privée, les libertés individuelles des familles et la stigmatisation de celles qui rencontrent des difficultés.
  2. Ici et là, des initiatives malheureuses ont été prises visant à faire signer aux parents des « contrats » par lesquels ils s’engageraient à agir dans un certain sens sous peine de sanctions. Observons toutefois qu’il ne s’agit pas là de contrats mais d’engagements pris par les parents et signés sous contrainte ou la menace de sanctions.
  3. Ailleurs, avant même l’établissement des diagnostics locaux, des listes d’élèves en difficultés ont été établies (toutes difficultés confondues d’ailleurs !). Ces listes de noms ne sont pas sans rappeler quelques mauvais souvenirs de l’histoire de France... et servent aujourd’hui de repoussoir aux adversaires des dispositifs de réussite éducative.
  4. Les différentes versions du pré-rapport Bénisti sur la prévention de la délinquance, aux options ultra sécuritaires et aux a priori globalement négatifs concernant les enfants issus de l’immigration prévoient notamment la mise en place à l’échelle locale de dispositifs très proches de ceux inscrits dans la loi de cohésion sociale... Ce qui fait craindre la confusion des deux.
  5. Plus globalement dans un contexte où un futur candidat aux élections présidentielles intervient dans des décisions de justice, certains s’interrogent sur les remparts qui vont empêcher que ces dispositifs ne servent à des fins sécuritaires quand ils ont été créés à des fins d’aide éducative, sociale et sanitaire ?
  6. Dans le contexte actuel de nette diminution des moyens de l’Éducation nationale et d’augmentation des charges incombant aux départements sans contrepartie par l’État, de nombreux fonctionnaires s’interrogent sur l’opportunité de la mise en place de ces dispositifs : pourquoi financer la réussite éducative quand on réduit les moyens de l’éducation par exemple ?
  7. Les actions mises en place dans le cadre des dispositifs de réussite éducative le sont de façon individualisée, ce qui fait craindre à nombre d’acteurs sociaux la disparition progressive des actions collectives, notamment celles de prévention. La baisse des subventions au secteur associatif, très présent sur ce terrain, semble confirmer ces craintes.

Passé et avenir

Dans un pur prolongement des dispositifs déjà existants tels que les Projets éducatifs locaux, cellules de veille éducative, CLS, CLAS, etc. il y aura désormais les dispositifs de réussite éducative et les champs « réussite éducative » des futurs contrats urbains de cohésion sociale... À ne pas confondre non plus avec les programmes personnalisés de réussite éducative qui, eux, sont internes à l’Éducation nationale !

(mise à jour le 28 juin 2006) © reussite-educative.net - 2006